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Psaume 144

Psaumes 105

Table ronde - Transcription réalisée par Information-Evangélisation et publiée dans le numéro de mai 2011

Colloque du 18 au 20 novembre 2010

« Les protestants en France, une famille recomposée. État des lieux et repères »

Extraits de la table ronde finale

Animateur : Jean-Marie Guénois, journaliste, Le Figaro 

Il y a les panels des sondages et puis les panels j’oserais dire « réels » des responsables, là nous avons un panel particulièrement représentatif par l’expérience de chacune et chacun de ceux qui sont là, mais aussi par leurs engagements, leurs niveaux de responsabilité, et je crois que c’est une spécificité de cette table ronde d’avoir des responsables qui vont maintenant après ces exposés universitaires, peut-être s’engager, je l’espère, prendre des positions, discuter, débattre sur ce très riche colloque.

Claude Baty : je ne sais pas si je dois le présenter, Pasteur des Eglises évangéliques libres, Président de la Fédération protestante de France ;

Victoria Kamondji : de la Communauté des Eglises d’expression Africaine en France, Vice présidente de la Fédération protestante, universitaire ;

Jean-François Collange : Président de l’Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine, Vice président de la Fédération protestante de France, universitaire ;

Laurent Schlumberger : Pasteur, Président du conseil national de l’Eglise réformée de France ;

Etienne Lhermenault : Pasteur baptiste, Président du conseil national des Evangéliques de France, professeur à  la faculté Libre de Théologie évangélique de Vaux sur Seine.

 

Alors, encore une fois, j’insiste sur ce côté qualité - responsabilité de chacun, mais je ne vais pas pour commencer leur demander de commenter à nouveau le sondage, ce qui a été longuement fait pendant ces 2 jours, mais je voudrais  demander à chacun d’intervenir de façon brève sur ce qu’il retient, certes de ce sondage, mais de ces journées d’échange : qu’est-ce qui s’est passé à Paris, qu’est-ce qu’il faut en retenir ?

Commençons par Claude Baty, je prends l’ordre qui m’a été suggéré, qu’est-ce que ce colloque vous a apporté, qu’est-ce que vous avez retenu ?

Claude Baty : « … il y a une chose qui me vient à l’esprit : le thème que nous avons choisi « Protestants en France, une famille recomposée », je trouve que c’est finalement un très bon titre, plus encore que nous l’avions imaginé au départ et je dis ça en pensant à un adage bien connu « on choisit ses amis pas sa famille » et je pense que ce sondage exprime un peu ça pour moi et ce colloque aussi.

La Fédération protestante m’apparaît, et là c’est presque quantifié, expliqué, décrit, comme une famille. Dans une famille, les membres ne sont pas tous pris d’affection les uns pour les autres de la même manière, dans toutes nos familles on sait bien qu’il y a des frères qui s’entendent très bien et puis des frères qui ne se voient jamais, des cousins très proches et des cousins qui s’ignorent, mais ça reste la famille.

J’ai l’impression qu’on a eu la description d’une famille avec des points communs très forts et puis des points de discussions qui font que effectivement la situation de cette famille est complexe, mais en même temps pas désespérée, et je suis encouragé, pour ma part, en constatant que ce que certains avaient annoncé comme inéluctable, à savoir qu’il allait y avoir une dislocation de la famille protestante, une rupture entre luthéro-réformés et évangéliques, ne m’apparaît pas du tout inéluctable et même pas vérifié, ni dans le sondage ni dans ce colloque. (…) Effectivement le protestantisme est une famille complexe, intéressante et où la Fédération devra jouer un rôle, j’allais dire de père de famille, ça fait un peu paternaliste évidemment.

Mais où il va falloir veiller à ce que les membres restent en relation parce ce qui est le pire dans une famille c’est  quand, par la force des choses, il y a un éloignement géographique, parce qu’il y a eu des petites bisbilles sur une question d’héritage, etc., les gens ne se fréquentent plus et finissent pas se perdre de vue et s’ignorer. Donc ce que doit faire la Fédération protestante, à mon avis plus que jamais, c’est de travailler à faire se rencontrer, faire travailler les gens ensemble, discuter sur les sujets qui sont épineux, pour que cette famille puisse être, non pas une famille idéale parce que ça n’existe pas, où tout le monde serait d’accord sur tout, mais une famille vivante et ça, je pense maintenant que c’est bien possible, ça me parait quelques chose de sérieux comme hypothèse »(…) Quelque chose qui m’a intéressé (interpellé) ? Par exemple, on a mis en évidence dans les discours, il y a un certain temps, et puis ça reste une question un peu compliquée, la question de l’homosexualité, et dans les sondages il y a la question de la bénédiction des couples homosexuels ; et bien j’ai été intéressé de constater qu’une majorité de protestants luthéro-réformés n’y sont pas favorables et qu’il y a quand même 15 % d’évangéliques qui y sont favorables alors ça pose question sur un autre registre et là j’ai été intéressé parce que finalement il ne faut pas se laisser aller à des discours clivants.

 

Jean-Marie Guénois : très bien, alors nous allons aborder le débat tout à l’heure ; je passe la parole maintenant à Victoria Kamondji pour avoir son bilan sur ces deux jours et aussi sur le sondage.

Victoria Kamondji : par rapport au sondage je pourrais dire que pour moi le retour est positif :  même si démographiquement, il y a une faible représentativité des évangéliques par rapport aux luthéro-réformés, il faut constater que malgré cette faiblesse démographique, les évangéliques pèsent de tout leur poids sur beaucoup, dans beaucoup de sphères dans le monde protestant ; c’est-à-dire que même au sein de la Fédération protestante, les évangéliques constituent une famille composée dans une grande famille recomposée et malgré toutes les tensions qui peuvent traverser même le monde évangélique au sein de la Fédération, il y a  une certaine façon de voir les choses qui fait que les évangéliques, malgré leur faible représentativité, sont entendus au sein de la Fédération. La preuve, c’est que la Fédération est en train de faire une plus grande place aux évangéliques du fait que les nouvelles demandes d’adhésion proviennent d’églises évangélique, pentecôtiste, charismatique et la FPF est obligée de tenir compte de cette réalité pour que cette famille composée des évangéliques puisse avoir sa part, puisse avoir une certaine influence ne serait-ce que dans les prises de décisions, etc., au sein de la Fédération.

Je parlerais également de l’œcuménisme, l’œcuménisme qui montre, en fait l’ouverture, l’ouverture surtout des évangéliques charismatiques ou des pentecôtistes qui trouvent avec les catholiques un point de rencontre qui tourne autour des charismes avec les nouveaux charismatiques ;il y a quand même des lieux communs, des points d’articulation communs entre les pentecôtistes et certains évangéliques et les catholiques, ce qui donne les chiffres qui ont été avancés par le sondage.

Et puis, peut-être mon dernier point, concerne l’éthique, les questions qui se rapportent à l’éthique et à la bioéthique : bien sûr les positions des évangéliques sont beaucoup plus tranchées même s’il y a un certain glissement qui transparaît au travers des sondages, mais quand même, le monde évangélique, même au niveau de la Fédération, reste campé sur son positionnement par rapport à certaines questions qui se rapportent à l’éthique et la bioéthique et cela montre, en fait, que finalement la Fédération protestante aura toujours à faire entendre une voix plus réelle lorsqu’il s’agit de sa prise de position par rapport à ces sujets.

 

Jean-Marie Guénois : est-ce que vous pensez que ces deux jours ont déjà changé un climat ?

Victoria Kamondji : Bien sûr, parce que finalement avec toutes les interventions et tout ce que nous avons eu comme informations, certaines Eglises charismatiques ne font plus peur ; j’ai l’impression que tout a été mis à nu, à découvert, on peut appréhender certaines choses aujourd’hui d’une façon plus objective qu’auparavant, ce qui fait qu’on est plus à l’aise pour aborder certaines questions qui fâchaient.

 

Jean-Marie Guénois : Merci. Jean-François Collange, votre impression après ces 48 heures intenses.

Jean-François Collange : deux sous-titres : une famille recomposée - Etat des lieux et repères, je dirai donc deux mots sur chacun de ces deux sous-titres en commençant par l’état des lieux et des repères. Je trouve que le grand mérite de ce sondage, extrêmement fouillé et bien fait, est de nous permettre de faire justement un état des lieux et de fournir quelques repères dans un monde en pleine recomposition, très mouvant, très complexe, qu’il nous faut bien, d’une manière ou d’une autre, institutionnaliser ou organiser si le mot institution fait peur, et on ne peut faire ce travail d’institutionnalisation que sur la base d’éléments à peu près sûrs qui permettent d’organiser en fonction de la réalité. Ce travail est fait, et j’en suis fort heureux, il va nous permettre d’avancer de façon confiante et solide tout en se gardant de tout pronostic un peu facile. J’ai appris hier que la précarité protestante n’était plus si précaire qu’on le pensait il y a peu, que les villes sont moins rebutantes pour la religiosité et le protestantisme qu’on le pensait ?  L’avenir appartient à Dieu : continuons notre travail avec cette assurance. Famille recomposée, à l’évidence c’est une métaphore, on en a eu une autre ce matin, la galaxie…

Famille recomposée, un peu curieux d’ailleurs dans un milieu où le protestantisme, disons une certaine partie du protestantisme, se montre très réservée sur ces recompositions de familles mais enfin acceptons-le terme.

 

Jean-Marie Guénois : par analogie

Jean-François Collange :Oui très bien. J’aimerais, je souhaite profondément, et je suis raisonnablement convaincu qu’on arrivera à faire famille, mais ce n’est parce qu’on dit famille-famille qu’on l’est, et quand bien même la fête, le mariage, les noces, tout ce que vous voulez, auraient été merveilleux aujourd’hui, méfions-nous des lendemains où l’on dessoûle un peu (rires).

Qu’est-ce que c’est que cette famille, où -je n’ai pas vérifié le chiffre mais je pense l’avoir bien retenu, ça doit être 18 %-, où 18 % des sondés n’acceptent pas le nom de famille c'est-à-dire « Protestants en France », pourtant le nom qu’ils assument, et c’est tout à faire leur droit, pas de problème sur le fonds, c’est « Chrétiens évangéliques », donc voilà. Famille recomposée, frères et sœurs du CNEF : je ne sais toujours pas encore aujourd’hui, si l’aventure qui s’est matérialisée le 10 juin constitue un élément de rencontre familiale heureux ou au contraire une polarisation qui pose problème…

Famille recomposée : on ne peut faire famille et vivre en famille, ce qui est évidemment souhaitable et souhaité, de mon point de vue, qu’en mettant les choses sur la table. Peut-il y avoir vraiment famille lorsque certains éléments de la famille refusent de considérer comme valable le baptême donné par d’autres éléments, c’est-à-dire refusent l’identité religieuse chrétienne protestante accordée par certains éléments de la même famille. Comment vivre cette famille lorsqu’on n’est pas d’accord sur la manière de comprendre ce qui en fait le fondement, à savoir la Bible. Peut-il y avoir vraiment famille lorsque sur des problèmes d’éthique il y a tensions, voire divergences. J’évoque ces points, non pas pour dire que ce sont des points de rupture ou des points sur lesquels on ne peut pas avancer, mais je les cite, il faudrait que j’évoque encore des questions d’ecclésiologie, mais ça suffit, je les cite tout simplement pour dire que pour faire famille il faut que nous puissions prendre le temps d’en discuter franchement sans rien se cacher.

 

Jean-Marie Guénois : Merci. On est presque au débat, mais on se retient un petit peu, on est encore dans la phase bilan et je passe la parole à Laurent Schlumberger pour avoir de son point de vue justement ce bilan en quelques minutes de ces deux jours.

Laurent Schlumberger : Deux mots pour organiser ses quelques réflexions en cours de colloque, puisqu’en effet il n’est pas terminé : complémentarité et renouvellement.

Evidemment dans la presse, et puis quand on voit le camembert avec ses zones bien contrastées, on a l’impression d’avoir un clivage, d’être bloc contre bloc. Mais presque toutes les interventions, au fil du colloque, ont montré que justement on n’était pas dans une logique bloc contre bloc, mais plutôt dans une logique de pôles. J’utilise l’image sens électrique, c’est-à-dire avec un pôle plus et un pôle moins (vous mettrez le plus où vous voudrez et le moins où vous voudrez !). Le propre d’un pôle, c’est que ça fait circuler des choses et que ça met en mouvement et on a besoin des deux pôles pour que l’ensemble de la matière qui est là, s’agrège, trouve sa cohérence et circule.

On a beaucoup parlé, et j’y reviendrai dans un instant, pendant ces deux jours justement de cette dimension de circulation, de fluidité, de liquidité, de toute chose sociale aujourd’hui, et du religieux comme du reste. Or, ce qu’on a peu dit –on a dit qu’il y avait ces pôles évangélique et luthéro réformé– mais ce qu’on a peu dit c’est que ces pôles se retrouvent, à mon sens, à l’intérieur de chacune de ces sous-familles. C’est-à-dire qu’à l’intérieur de l’Eglise réformée de France, par exemple et pour parler de l’Eglise que je connais le mieux, il y a ces deux pôles et il y a une circulation entre ces deux pôles. Ce qui a changé et ce qui change, c’est le mode de circulation.

Pour schématiser et typer, je dirai qu’on a eu deux étapes. On a eu l’étape juxtaposition entre nos différents pôles et nos différentes Eglises. A cette époque, les réformés sûrs d’eux-mêmes, convaincus qu’il n’y avait qu’eux dans le protestantisme français, ont regardé parfois d’un peu haut ces nouvelles Eglises qui arrivaient, qui étaient croyaient-ils certainement très américaines et peu recommandables ; on était à côté l’un de l’autre et il n’y avait pas de relations. Et puis, il y a eu une phase, à partir de la fin des années 60 et au début des années 70, où il y a eu au contraire des relations, mais sur le mode de la rivalité : on a commencé à avoir peur, les réformés français, sûrs de leur passé de petit troupeau solide qui avait résisté à tout et de leur complexe de supériorité, ont commencé à avoir un complexe d’infériorité ; ils se sont sentis assez mal. Après cette phase de juxtaposition et cette phase de rivalité, on est entrés –et ce n’est pas d’aujourd’hui que ça date mais maintenant c’est mis en lumière– on est entré dans une phase de complémentarité.

Evidemment, chaque phase n’annule pas la phase précédente, mais elle vient la travailler et la corriger. On le voit dans ce colloque : on est tout-à-fait dans cette phase de recomposition, où l’on voit que les relations entre Eglises et à l’intérieur des Eglises sont sur le mode de la complémentarité. Ca rejoint l’expérience de terrain. Là où les relations existent et sont bonnes, on est complémentaires, en fonction des questions qui se posent, des personnes qui viennent, des publics auxquels s’adresser. Ici, dans le colloque, on évoque le même phénomène sur un mode plus général, vu de plus haut.

Ca me réjouit beaucoup, d’autant que ces deux pôles, l’un plutôt incarné par les luthéro-réformés, l’autre plutôt incarné par les évangéliques, sont tous deux constitutifs de la Réforme protestante depuis le 16è siècle. C’est constitutif. Il ne s’agit donc pas d’une opposition à surmonter, mais d’une tension à vivre à l’intérieur de nos Eglises et entre nos Eglises et, à mon avis, c’est une grande chance pour le protestantisme d’aujourd’hui et de demain.

Le deuxième mot que je voulais utiliser est le mot « renouvellement ». Il y a deux chiffres qui m’ont un peu étonné dans ce sondage, pour ce que j’ai pu en lire jusqu’à maintenant. D’abord la proportion d’évangéliques : je m’attendais à plus. Si j’avais dû miser sur un chiffre, j’aurai dit 40 %. Je suis un tout petit peu surpris.

Je suis beaucoup plus surpris par un autre chiffre qui est le chiffre des néo-protestants comme on a dit plusieurs fois : 22 % dont 11 % chez les luthéro-réformés. Je ne vais pas dire que je mets ma main à couper, mais je suis à peu près certain que ce chiffre est très sous estimé y compris dans les Eglises luthéro-réformées.

Dans les différents postes pastoraux que j’ai occupé, j’ai souvent rencontré des gens qui vivaient leur foi chrétienne dans l’Eglise réformée, depuis longtemps, et qui pourtant ne se disaient pas « réformé » ou même pas « protestant ». Pourquoi ? Parce qu’ils étaient d’origine évangélique ou ils étaient d’origine catholique, et ils continuaient à se dire « catholique » ou « évangélique » parce que c’était leur origine, parce que se dire soudainement « réformé » ou « luthérien », ç’aurait été pour eux comme un reniement. Et chez nous personne ne demande jamais ça. Donc, en fait, je crois qu’il y a une proportion bien plus importante de personnes qui ne sont pas d’origine réformée dans l’Eglise réformée de France, en tout cas dans les villes, mais aussi dans une moindre mesure dans les campagnes. Dans un des postes que j’ai occupé comme pasteur, qui est l’agglomération nantaise, j’avais fait le compte très précis : c’était 50 % de personnes qui étaient membres de l’Eglise, qui fréquentaient l’Eglise réformée et aucune autre, et qui n’étaient pas d’origine « réformée ». Donc ce renouvellement, dont André Encrevé a dit très justement en fin de matinée hier qu’il a toujours existé –il parlait de « conversionnisme »–, c’est quelque chose qui, me semble-t-il, est plus important. Le protestantisme, y compris le « courant central », luthéro-réformé, est un protestantisme qui se renouvelle plus qu’on ne pense.

Un autre signe de cette réalité, c’est le recrutement des pasteurs de l’Eglise réformée : 50 % des pasteurs qui entrent au service de l’Eglise réformée ne sont pas d’origine réformée et 25 à 30 % ne sont pas d’origine protestante. Je ne le développe pas ici, on pourra y revenir. Il me semble que, non seulement, c’est dans la galaxie protestante qu’on voit ces recompositions et ces complémentarités à l’œuvre, mais pour ce qui me concerne, il me semble que le pôle luthéro-réformé, et l’Eglise réformée de France en particulier, vivent une mutation profonde, même s’ils ne s’en rendent pas toujours compte.

 

Jean-Marie Guénois : Merci Laurent Schlumberger. Etienne Lhermenault,  quel bilan tirez-vous de ce temps, de ces rencontres ?

Etienne Lhermenault : pour ce qui est du colloque, ce sera assez sommaire parce que mes obligations professionnelles ne me permettent pas d’assister à la plupart des rencontres, mais il y a au moins une chose que j’apprécie c’est d’être dans les couloirs et d’avoir pu retrouver beaucoup d’amis.

En écoutant les uns et les autres, je me suis demandé si j’étais le frère en délicatesse ou le cousin apprécié, ça dépendait un peu des interlocuteurs.

Le CNEF, chers amis, a quelques mois, puisqu’il n’a été fondé que le 15 juin, et j’apprécie, d’autant mieux le fait qu’il ait été invité -en ma personne- à ce débat. Alors, comme toute organisation qui démarre, sa conscience, la conscience d’elle-même est encore un peu balbutiante, même s’il est l’héritier d’une vieille dame, l’Alliance Evangélique Française, et d’une femme dans la force de l’âge, la Fédération Evangélique de France. Néanmoins, en ce qui concerne le sondage, nous n’avons pas de surprise, il correspond, il nous conforte plutôt dans l’estimation que nous faisions, -je trouve Laurent très généreux-, nous n’avons jamais pensé qu’il y avait 40 % d’évangéliques, nous pensions plutôt 30 %.

Je dois dire qu’il y a plusieurs choses dans ce sondage qui me paraissent intéressantes :   L’attachement à la lecture de la Bible, la liberté d’esprit, l’attachement à la laïcité sont bien aussi des caractéristiques du protestantisme évangélique. L’autre chose qui m’intéresse, c’est que le protestantisme évangélique, est moins fondamentaliste que nous avons bien voulu le dire, ce qui ne veut pas dire qu’il y a pas des fondamentalistes chez les Evangéliques, mais il l’est moins que ce qui a été dit souvent ici et là.

Il y a 3 choses que j’aimerais ajouter.

La première, tirée du sondage lui-même. J’observe que la diversification de l’offre religieuse au sein du protestantisme français ne nuit pas à sa progression, mais profite à tous. C’est-à-dire que s’il y a 40 % de néo-protestants chez les évangéliques, il y en a 11 % chez les luthéro-réformés. Or, on aurait pu penser que la progression des évangéliques se fasse au détriment des luthéro-réformés, ce n’est pas le cas et je m’en réjouis. Je dois dire que, dans mon ministère pastoral, j’ai toujours pensé que nous avions tous intérêt à ce que l’Eglise voisine soit en bonne santé ! Quand vous récupérez les membres blessés, c’est toujours pastoralement périlleux.

La deuxième chose est extrapolée du sondage et me situera. S’il y a 1,7 million de protestants en France, et je n’ai pas l’outrecuidance de croire qu’il n’y a de chrétiens que les protestants, il n’empêche que ça veut dire qu’il reste des millions de personnes, même si je prends en compte les catholiques convaincus, qui ne savent rien ou quasiment rien du Christ et de son amour. Et il me semble qu’il y a là un vaste champ de mission, auquel en tout cas, les évangéliques s’attachent en voulant implanter de nouvelles églises non pour en rajouter à celles qui existent, mais simplement pour annoncer l’Evangile dans nos cités.

Enfin une dernière chose que le sondage n’a pas abordée, en tout cas pas de façon précise, c’est que le protestantisme évangélique, s’il peut apparaître un bloc uniforme de loin, je peux vous assurer, de près, il ne l’est pas. Il y a une très grande diversité à l’intérieur même du protestantisme évangélique et elle est à peu près toute représentée dans le Conseil National des Evangéliques de France. Exception faite des marges un peu problématiques, je pense en particulier à une préoccupation d’aujourd’hui, ce sont les communautés qui prêchent la théologie de la prospérité et qui font des dégâts considérables aux personnes et à l’Evangile.

 

Jean-Marie Guénois : merci Etienne Lhermenault de ce point de vue.

Nous allons entrer maintenant dans la deuxième partie de cette table ronde. J’ai trouvé Claude Baty, et je crois que c’est son rôle, consensuel et optimiste et il faut saluer son optimisme. Je n’ai pas de question. Mais, ou que cela soit Victoria Kamondji ou Jean-François Collange, vous avez posé une série de problèmes. Victoria, vous avez insisté sur la question de la représentativité, qui est une vraie question évidemment, les questions éthiques, la division sur les questions éthiques. Jean-François Collange vous avez établi une liste, que je ne vais pas répéter, mais qui est extrêmement intéressante, à commencer par cette question terrible du « nom » « Qui sommes-nous ? » Quand on commence à ne pas se reconnaître dans le nom de famille il y a un problème effectivement, ça va nourrir le débat, et puis Laurent Schlumberger, lui au fond il nous a donné un mode d’emploi, il a dit : Ecoutez sans tension il n’y a pas de courant, il nous faut bien des pôles attractifs et ces tensions sont nécessaires, il l’a illustré par une plongée historique qui montrerait que ces tensions sont constitutives, voire même ontologiques, puisqu’il a dit que c’était presque la nature même du protestantisme que d’avoir justement sans arrêt ces tensions, ces va et vient. Et puis…

Laurent Schlumberger : et dans la nature même du christianisme… ça va bien au-delà du protestantisme !

 

Jean-Marie Guénois : Oui ! Et puis Etienne Lhermenault, un peu sous forme de plaidoyer quand même, mais vous avez terminé par un contre point en signalant que l’Eglise évangélique était effectivement divisée. Vous avez insisté pour dire qu’il n’y a pas que des fondamentalistes et puis qu’il y avait aussi une complémentarité un peu sur le ton de LS.

Mais je reviens au problème qu’a posé JFC sur la question du nom. Quelle est la gravité de cette question ? Le fait que 18 % des gens disent « je ne me reconnais pas dans le terme de  protestants » ».

Claude Baty : Ce n’est pas tout à fait comme ça que j’interprète le sondage. Parce qu’on leur a proposé les deux possibilités. Donc ils ont fait un choix, je crois : est-ce que vous vous reconnaissez comme protestant ou comme chrétien évangélique ?

 

Jean-Marie Guénois : Ce n’est pas un refus…

Claude Baty : Opter pour chrétien évangélique n’est pas significatif d’un refus du protestantisme.

 

Jean-Marie Guénois : en tout cas, Jean-François Collange vous l’avez perçu comme ça ?

Jean-François Collange : oui, il faudrait vérifier exactement, d’un point de vue technique, comment la question était présentée dans le sondage ? Mais, je voudrais, après –comment dirais-je– un propos un peu sec, je ne voudrais pas apparaître du coup trop bêtement consensuel. Je me retrouve, évidemment, dans presque toutes les interventions, mais je pense que les questions qui font un peu mal méritent d’être posées. Et puis voilà, c’est tout.

Après je campe dessus, je ne suis pas assis dessus, non, mais alors pourquoi le nom « chrétien évangélique » ? Pourquoi ne pas prendre le nom de « protestant » puisqu’il s’agit de protestants, c’est quand même aussi intéressant. D’un côté, au niveau institutionnel, il y a une Fédération protestante de France, puis il y a un Conseil national des évangéliques.

Ce qui m’énerve un petit peu, aussi, pas seulement à propos des 18 %, c’est l’utilisation du mot chrétien. Un certain nombre de milieux laissent sous-entendre que malgré tout ils sont chrétiens plus que d’autres, notamment plus que celui qui essaie de leur parler ; qu’eux ils sont chrétiens et puis, nous, on n’est que protestant. Et qui, dans la même ligne, mais en approfondissant un peu, essaient de mettre entre parenthèses tout ce qui constitue l’histoire et le terreau sans lequel il ne peut pas y avoir de foi solide.

 

Jean-Marie Guénois : Alors Victoria Kamondji qu’est-ce que vous répondez à la problématique de l’appellation, même si ce mot est un peu trop extérieur, mais tout de même ?

Victoria Kamondji : en ce qui concerne l’appellation, je pense qu’il ne faut pas y accorder trop d’importance, parce que quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, dans la réalité des choses, même si ces personnes ne se disent pas protestantes, leur base et leur fondement, quand même, sont protestants. Et nous pouvons le voir clairement, que ce sont des gens qui sont issus tout droit de tous les principes de la Réforme, peut-être qu’ils ne savent pas trop comment se qualifier, mais dans la pratique ce sont des protestants.

 

Jean-Marie Guénois : Etienne Lhermenault, sur ce sujet ?

Etienne Lhermenault : sur ce sujet, le nom même de Conseil national évangélique de France est en soit le témoignage qu’effectivement une partie des évangéliques continue à avoir quelques réticences, parce que nous étions, assez nombreux, à souhaiter inclure le qualificatif de protestant, alors la seule chose que je peux espérer c’est que les choses évoluent.

 

Jean-Maris Guénois : pourquoi cela n’a pas pu être possible ? Qu’est-ce qui bloque ?

Etienne Lhermenault : parce qu’un certain nombre d’Eglises continuent à garder du protestantisme l’image d’un protestantisme libéral du 19è siècle et, donc pour eux, c’est tout sauf ça. Et ils ont des préjugés comme chacun peut en avoir sur celui qu’il connaît mal.

 

Jean-Marie Guénois : même si de l’extérieur en définitive on parle, là c’est le journaliste qui s’exprime, le mot « évangélique », ou « évangéliste » (souvent on mélange les deux), commence à avoir une certaine résonance, mais c’est quand même le terme « protestant » qui est vraiment le plus net.

Claude Baty : justement, j’allais vous poser la question et rebondir sur l’appellation, mais surtout la question de la représentativité parce que VK a quand même critiqué le fait qu’il y avait un déficit de représentativité au sein de la Fédération.

Sur le nom ? Je pense qu’il y a eu, et ça ce n’est pas nouveau, chez certains évangéliques, l’idée de revenir aux sources et donc d’effacer l’histoire et c’est une façon qui se retrouve dans un texte des ADD que j’ai relu récemment, on retourne aux sources de l’Evangile, entre les apôtres et nous, il n’y a rien, donc effectivement « protestant » ça n’a pas de sens et puis on s’évite tous les problèmes liés aux guerres de religions, il n’y a plus d’héritage à gérer.

 

Jean-Marie Guénois : qu’est-ce qu’il faut faire ? Faut-il militer pour que le nom « protestant » soit la bannière des protestants en France ?

Claude Baty : Non, moi je ne vais pas militer pour ça, je pense, et c’est en train de se réaliser, que beaucoup d’évangéliques mettent sur leurs églises « protestant évangélique », parce qu’on ne peut pas faire l’économie de l’Histoire.

 

Jean-Marie Guénois : alors, revenons à la question de la représentativité qui était une critique assez nette.

Claude Baty : vraiment nette ?

Victoria Kamondji : pas si nette que ça

 

Jean-Marie Guénois : moi je la perçois comme ça.

Victoria Kamondji : pas du tout, parce qu’en réalité il faut tenir compte du fait que les évangéliques étaient présents dès la création de la Fédération protestante de France et puis, par la suite, il y a eu certains mouvements qui ont fait que ce n’est que tardivement, dans les années 70, que d’autres évangéliques ont été acceptés au sein de la Fédération. C’est vrai qu’il y a progression, c’est tout un processus, on n’est pas encore arrivé ; j’ai même souligné le fait que les nouvelles demandes d’adhésion proviennent des Eglises évangéliques. Et il y a de plus en plus une part plus grande qui est faite aux évangéliques.

Claude Baty : je vais rajouter quelque chose sur la représentativité. On a assisté, par le fait de l’Histoire, à l’arrivée de « nouvelles » Eglises Evangéliques parce toutes les Eglises, on va dire, « anciennes » sont dans la Fédération, donc il ne peut plus venir que des « nouvelles » Eglises. Et à partir de 75, on a vu arriver des Eglises qui n’étaient pas dans le pays avant. L’Eglise Apostolique, par exemple, en 1905 à ma connaissance il n’y avait pas d’Eglise Apostolique en France. Donc, ces nouvelles Eglises arrivent, viennent dans la Fédération et, pendant longtemps, ça a été le travail des dernières années de la Fédération, on a ajouté et puis on a donné des délégations, des représentations, mais sans tenir compte du pourcentage. Ce qui fait que, une petite Eglise qui arrivait avec 10 communautés, avait quasiment bientôt la même représentation que les Eglises qui avaient des dizaines ou des centaines de paroisses locales.

 

Jean-Marie Guénois : est-ce que les nouvelles données sont validées ? En fait, si on a besoin de chiffres maintenant, il n’y a plus de discussion. Il y a encore un an on disait, quand on posait des questions, j’ai des collègues ici dans la salle : attendez le 25 novembre ! Donc moi j’ai attendu le 25. J’avais mis sur mon agenda « 25 novembre : la vérité sur les chiffres du protestantisme ». Est-ce que vous allez tenir compte maintenant de ces nouvelles données pour penser, repenser la représentativité dans la Fédération ?

Claude Baty : Mais non, parce que c’était déjà fait dans la Fédération. On n’a rien appris sur la composition de la Fédération protestante, parce qu’on a fait un gros travail depuis 2 ans pour ça. La question de la représentation est réglée et s’est faite, j’allais dire à l’amiable. On a discuté, on n’a pas fait une représentation complètement mathématique, on a modulé. Et c’est réglé dans la Fédération.

 

Jean-Marie Guénois : au-delà de la représentation mathématique, la représentation symbolique ! Et là, je pose une question à EL : est-ce que, effectivement, la constitution du CNEF, mais aussi l’effort qui est fait ici, justement, pour essayer d’avancer, c’est vrai que, de l’extérieur, c’est assez remarquable de voir que finalement que les statistiques    ont isolé les Evangéliques, c’est ça ? Il se passe quand même quelque chose, alors est-ce que l’on est à la veille d’un nouveau pas malgré celui qui a été franchi le 10 juin dernier ?

Etienne Lhermenault : c’est le défi devant lequel nous sommes tous. Je n’ai jamais douté du fait que la Fédération protestante avait mis une politique d’accueil. Il se trouve qu’un certain nombre d’évangéliques n’ont jamais voulu se rapprocher de la Fédération protestante parce qu’elle n’en partage pas les options, ou certaines de ces options, et d’autre part certains, après avoir fait une démarche d’adhésion, ont reculé. Donc voilà, ça c’est la réalité, on peut le déplorer. Il se trouve que le CNEF fait un effort de rassemblement d’une partie, assez importante, de cette famille. Les chiffres, ici, vont nous inciter à une chose, je l’espère : c’est à nous tendre la main ; il y a des unions d’Eglises qui sont à la fois membres de la Fédération protestante et du CNEF et nous avons intérêt, je pense, à marcher de concert.

 

Jean-Marie Guénois : Laurent Schlumberger, vous avez donné ce mode d’emploi de la « haute tension », de la philosophie du plus et du moins, mais est-ce que c’est applicable, praticable sur des sujets aussi pointus que les questions éthiques ?

Laurent Schlumberger : Mais c’est praticable et c’est pratiqué depuis très longtemps ! Dans beaucoup d’endroits, entre Eglises locales, en pastorales et dans de multiples lieux, il y a des discussions, des convergences et des divergences, une manière de différer ensemble, pour reprendre une expression chère à Olivier Abel, qui progresse.

Ma crainte est plutôt d’un autre ordre : l’émiettement, qui est la maladie infantile du protestantisme, toujours ! C’est pour ça que je me suis réjouis, personnellement, et que le Synode national s’est réjoui, très officiellement et en votant une motion à ce sujet, de la création du CNEF. Parce que, comme vient de le dire Etienne, ça représente une avancée importante dans un travail de fédération de nombreux courants, Eglises et mouvements évangéliques. Ce que j’espère, c’est que ça va continuer à progresser dans deux directions.

D’une part en interne, si je puis dire, au sein des évangéliques. Ce que j’appelle de mes vœux, c’est que les Eglises évangéliques apprennent à se fédérer entre elles, à tolérer un pluralisme interne. On sait que ça marche au contraire souvent par divisions successives, pour aller vers plus de pureté doctrinale ou morale. J’espère qu’elles vont apprendre à accepter une diversité en leur sein et que, de cette manière-là, elles vont progresser dans une meilleure représentativité.

La deuxième chose que j’espère, et qui va dans le même sens, c’est que la création du CNEF, qui permet à une sorte de cohérence évangélique de prendre consistance, sera un jour, pas trop lointain, dépassée par un travail fédératif au sein de la Fédération protestante de France. Je crois profondément que la Fédération protestante a vocation à accueillir, au-delà, plus largement que ce qu’elle rassemble aujourd’hui, non pas en laminant des convictions mais, au contraire, en apprenant à les faire mieux vivre ensemble.

Je parlais des pôles. Il y a depuis toujours un pôle luthéro-réformé, « courant central », dans le protestantisme ; il y en a un autre évangélique que l’on pourrait d’ailleurs détailler. Et il y a des limites à ces pôles : personnellement, j’ai beaucoup de peine avec des théologies de la toute-puissance ou de la prospérité ; mais je ne suis pas le seul, je crois que c’est le sujet qui est à l’étude du  comité théologique du CNEF. Voilà une chose qui me réjouit beaucoup. Donc il y a des limites à ces fédérations, mais je crois que nous avons toujours à travailler dans ce sens-là, parce que précisément notre tropisme fondamental est d’aller toujours vers l’émiettement. C’est un fruit de l’individualisme qui, par ailleurs, est quelque chose de fondamentalement positif, mais qui présente aussi des tentations et des menaces.

 

Jean-Marie Guénois : dernière réaction je la demande à Jean-François Collange et j’attends la première question de la salle :

Est-ce que vous pensez Jean-François Collange que les tensions, les « hautes tensions », sur les dossiers qui sont difficiles que vous avez évoqués, peuvent être fécondes comme l’espère Laurent Schlumberger ou est-ce qu’il y a vraiment des choses sur lesquelles ça ne passera pas ?

Jean-François Collange : je ne suis pas électricien de métier. Il y a deux choses, quand même, que je sais c’est que, effectivement, pour que l’électricité passe il faut qu’il y ait un pôle plus et un pôle moins. Et je suis tout à fait d’accord, et comment ne rejoindrais-je pas ce qui a été dit. Les pôles se retrouvent dans nos Eglises déjà, mais ce que je sais aussi, c’est que de temps en temps il y a des courts-circuits et qu’alors plus rien ne circule. Ce qu’il faut, en tant que responsables, c’est veiller à ce qu’il y ait de la vie, à ce qu’il y ait un enrichissement réciproque, que ce ne soit pas monolithique, ou monocolore mais d’un autre côté il faut éviter les courts-circuits. Je ne suis pas un obsédé du re-baptême, je suis convaincu que la plupart des Eglises évangéliques du CNEF, peut-être à tort, ne rebaptisent pas, mais en tout cas il est évident, que là où on le ferait, c’est une manière de nier l’existence de ceux qui ont été baptisés.

 

Jean-Marie Guénois : merci (….) Une dernière question peut-être dans la salle ? Monsieur ?

Un monsieur étranger : J’aurais peut-être une question en tant qu’observateur externe, puisque je ne suis pas français. Mais, je vois que le slogan de la Fédération protestante de France est « Témoins ensemble », c’est extrêmement recommandable. On a quand même témoigné, et ça a été mentionné tout à l’heure, de certaines distinctions entre les deux pôles qui ont été identifiées, je pense en particulier aux questions d’éthique. Comment témoigner ensemble ? S’il faut le faire ensemble ? Sur ces questions là.

 

Jean-Marie Guénois : cette question du témoignage, je la pose à chacun des intervenants qui peut y répondre ou donner finalement le mot de la fin. Je commence par Jean-François Collange.

Jean-François Collange : ça parait un peu eau bénite, mais il faut s’en remettre au Seigneur et, chacun dans la trace qui est la sienne, avancer avec courage, détermination. Par conviction que l’avenir ne nous appartient pas et en tout cas il faut que nous fassions en sorte qu’il soit le moins pire !

 

Jean-Marie Guénois : Victoria Kamondji, quel est votre mot de la fin ou la réponse à cette question ?

Victoria Kamondji : c’est difficile de répondre. Ce que je pourrais dire c’est que chacun à sa spécificité. Il y a la diversité au sein de cette grande famille et chacun a son identité et chacun témoigne selon ses convictions propres, mais cela n’exclut en rien le témoignage de l’autre.

L’enjeu de ce témoignage c’est que l’on prêche l’Evangile, c’est ça l’essentiel. Il faut que l’Evangile soit prêché !

 

Jean-Marie Guénois : Laurent Schlumberger, votre réponse ?

Laurent Schlumberger : Je suis content que l’on termine avec ce mot là parce que, tout à l’heure, je faisais allusion à une mutation profonde qui se vit dans l’Eglise réformée de France depuis une demi-génération à une génération. Cette mutation touche à la question du témoignage. Au fond, pour résumer à l’extrême, le protestantisme réformé traditionnel français est en train de passer d’une logique de transmission à une logique du témoignage. J’ai pu écrire que la vraie place de l’Eglise c’était de se tenir sur son propre seuil. Je crois maintenant que, dans l’Eglise réformée, cette idée est acquise, très majoritairement. Tout doucement elle est en train de devenir réalité.

 

Jean-Marie Guénois : merci. Etienne Lhermenault ?

Etienne Lhermenault : « Témoins ensemble », je trouverais assez formidable que nous prenions la Bible ensemble, que nous la lisions. Peut-être que Sophie pourrait nous y aider d’ailleurs ? (Pour les non initiés, Sophie est la responsable du service Biblique de la Fédération protestante de France et elle fait ça très bien !). Pour que nous lisions la Bible ensemble, dégagés des a priori confessionnels, c’est sa formule, et que nous puissions regarder ou nous laisser toucher par des textes comme ceux de Pâques, en particulier, et ensuite repartir chacun dans son lieu pour transmettre ce que nous avons reçu.

Jean-Marie Guénois : merci. Maintenant Claude Baty  pour le mot de la fin.

Claude Baty : merci. Une précision « Témoins ensemble » n’est pas la devise de la Fédération protestante, c’était le sous-titre du rassemblement « Protestants en Fête ! » mais effectivement cette association « Témoins ensemble » fonctionne bien et, peut-être, que ça restera quand même comme une sorte de ligne à suivre.

Pour revenir à la question, plus précisément, qui me semblait aller dans le sens : « Mais si vous n’êtes pas d’accord sur les questions d’éthique vous serez témoins de quoi ? »

A mon avis, nous ne sommes pas témoins de ces questions-là, nous sommes témoins du Christ. Nous n’avons pas à témoigner de positions sur la bioéthique, sur l’engagement politique, etc., ça ce sont des sectes qui font ça, qui ont des réponses sur tout et qui disent voilà comment il faut penser sur telles et telles choses et qui donnent donc des consignes. Nous, nous n’avons pas de consignes à donner. Nous sommes, je l’espère, témoins du Christ, ce qui nous appelle aussi à beaucoup d’humilité. Nous ne sommes pas le Christ, nous n’avons pas, nous, la vérité. Donc, il me semble que nous sommes appelés, dans ce témoignage, à être fidèles et à garder une distance qui nous fait toujours comprendre que nous n’avons pas le mot de la fin, pour reprendre cette idée. Donc l’humilité me parait quelque chose d’important pour vivre ensemble, pour nos relations, en n’oubliant jamais que l’Eglise n’est pas à nous, elle appartient au Christ, nous sommes serviteurs dans cette Eglise et  nous devons rester à notre place « être témoins » et ce qui, d’après ce que j’ai lu dans les Evangiles, fait plaisir à Dieu, c’est que nous soyons « témoins ensemble ».

 

Jean-Marie Guénois : merci beaucoup, merci à chacune et chacun de cette table ronde et de vos interventions. Merci aussi de votre attention

(applaudissements)